L’Histoire du Royal Monceau a commencé en 1928, pendant les années folles. Le style Art Déco est alors à son apogée et la scène culturelle et artistique est en ébullition.
Les artistes se succèdent dans ce nouveau Palace situé à deux pas du fameux Parc Monceau et non loin des Champs-Elysées. Nous pourrions citer de nombreux artistes parmi lesquels Ernest Hemingway, Pablo Picasso ou encore Jean Cocteau, mais aujourd’hui c’est sur une personnalité singulière que nous voudrions porter votre attention : Joséphine Baker.
Née en 1906 à Saint Louis dans le Missouri, Freda Joséphine McDonald dite Joséphine Baker a eu une enfance difficile dans une Amérique où la ségrégation perdure dans de nombreux Etats. Ainée de la fratrie, elle a la lourde tâche de contribuer très jeune à nourrir sa famille et elle est envoyée faire des ménages par sa mère. Elle se marie en 1920 alors qu’elle n’est âgée que de 13 ans. Ce premier mariage prend fin la même année, elle rejoint alors une troupe d’artistes de rue avec qui elle commence à exploiter ses talents de danseuse. Elle se remarie très rapidement en 1921 avec Willie Baker qui lui donnera son nom de scène. Ce mariage ne durera pas non plus mais lui permet de quitter le cocon familial et de s’émanciper. Elle part pour New York à 16 ans afin de vivre son rêve : « danser à Broadway ».
A force de persévérance, elle finit par intégrer une première troupe, puis une deuxième. Elle part en tournée et rejoint une nouvelle troupe au bout de deux ans. Le hasard et la chance la mènent à la femme de Donald J. Reagan (alors attaché commercial de l’Ambassade américaine à Paris). Celle-ci voit le talent et le potentiel de Baker et lui offre de la suivre en France où elle lui promet de faire d’elle la star du spectacle qu’elle s’apprête à monter : La revue Nègre. Nous sommes alors en 1925.
Après plusieurs semaines de répétitions, la troupe de produit au théâtre des Champs-Elysées avec Joséphine Baker en ouverture. Le succès succède au scandale, Joséphine fait sensation : presque entièrement nue, elle danse le charleston (danse encore inconnue en France) avec un pagne sur les hanches et joue la « sauvage » en faisant de nombreuses mimiques.
Deux ans plus tard, après être devenue la star de la Revue Nègre, elle rompt son contrat pour signer aux Folies Bergères. Elle tient un des premiers rôles de la revue et c’est là qu’elle apparait avec sa fameuse ceinture de bananes. AL carrière de Joséphine est en pleine ascension. Elle se met à la chanson, puis joue au cinéma. Elle devient l’égérie de quelques artistes cubistes et baigne dans cette ambiance où la culture « noire » se propage, notamment avec l’avènement du Jazz dans le quartier Montparnasse.
Et si pour Joséphine, cette période fut une libération du carcan dans lequel elle se sentait enfermée aux Etats-Unis à cause de la ségrégation, pour le grand public, cette période est empreint d’incompréhension jusqu’à aujourd’hui. Ses détracteurs vous diront que ses spectacles ont renforcé les stéréotypes et l’image du noir vu comme un sauvage dansant nu au rythme des tam-tams. Quand ses fervents défenseurs vous expliqueront qu’il s’agissait de dénoncer et de moquer la vision colonialiste que l’homme blanc et qui plus est, le français, pouvait poser sur l’homme noir : la preuve en est les grimaces faites par Joséphine pendant qu’elle dansait qui soulignent l’incapacité des gens à voir ce qu’ils ont en face d’eux.
Pourtant, il est indéniable que Joséphine Baker, surnommée la Vénus Noire, fut une grande militante pour la cause noire et pour la lutte contre toutes les formes de racisme. En effet, elle ne supportait pas le regard raciste que certains posaient sur elle et ses semblables et se sentait proche de tous ceux qui souffrait de cette même discrimination. Aussi, elle fit partie du mouvement de la « Renaissance de Harlem » luttant pour le renouveau de la culture afro-américaine (notamment littéraire) auprès de Marcus Garvey, Louis Armstrong, ou Duke Ellington. Plus tard, elle militera pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et sera la seule femme à prendre la parole aux côté de Martin Luther King lors de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté en 1963.
Elle s’engage également pour la France qui lui a tant donné et lorsque la 2nde Guerre Mondiale éclate, elle intègre l’armée de l’Air et entre dans la résistance faisant passer des messages codés cachés dans ses partitions en usant de sa célébrité et de sa liberté de voyager pour ses représentations, ce qui lui valut de nombreuses décorations.
Il n’est donc pas si étonnant qu’aujourd’hui, en ce 30 novembre 2021, la France décide de l’honorer en la faisant rentrer au Panthéon. Elle qui estime que la France lui a tout donné et qui était donc prête à donner sa vie pour la France.